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RÉCIT DE VOYAGE : COMME UNE ODEUR DE MOUTON – PARTIE 2

La Mongolie n’est pas un pays très développé et le manque d’infrastructures pour canaliser l’arrivée du progrès est assez criant. Les mongols ont même des difficultés à valoriser leur patrimoine. Notre guide nous a amenés à Yol Valley au début du séjour. C’est un site naturel important en Mongolie. Un grand canyon rempli d’au moins 5 à 6 mètres de glace en hiver. En été on peut s’y balader facilement. Nous y avons randonné pendant quelques heures après la visite obligatoire d’un petit musée d’histoire naturelle. Une petite boutique des horreurs en fait : 3 salles contenant des animaux empaillés, des bouts d’os de dinosaures mal exposés, des vitrines peu entretenues, des cartes dessinées par des enfants de primaire… un peu pathétique, sans compter que la taxidermie n’est vraiment pas le fort des mongols. Cela nous a valu un bon fou rire à Michaël et à moi-même mais je crois que les photos parleront d’elles-mêmes. Ana et Silvij ont rapidement fui l’endroit. Seuls Steven et Mick se sont comportés en bons élèves.

Steven, 56 ans, est un prof de bio qui enseigne dans un lycée de Bristol. Le gentil du groupe, un genre de gros nounours en somme. Pas trop bavard, pas trop timide non plus, c’était une personne intéressante, plutôt à l’écoute des autres, un ancien rugbyman de bon niveau et aussi un très bon ami de Mick. Depuis de nombreuses années, Steven rejoignait Mick à l’étranger pendant ses congés annuels. Cette année ils se sont retrouvés à Oulan-Bator. 

Dans le musée de Yol Valley, Steven semblait intéressé, peut-être son côté enseignant, et pendant la randonnée, il fut le seul à avoir eu l’œil pour repérer des bouquetins en haut des crêtes. Malheureusement, Mick, le plus « aventurier » du groupe n’était pas là pour apprécier le spectacle, de quoi attiser sa jalousie de ne pas être sur le devant de la scène. Il a même critiqué en rigolant les photos de Steven en disant qu’on n’y voyait rien, que ça aurait pu être n’importe quel animal, bref que les clichés n’avaient aucun intérêt, le tout sur le ton du faux second degré.

yourte mongolie noir et blanc
desert mongolie noir et blanc

Mick, 56 ans est un prof de sport en free lance qui bosse dans les universités de Londres et des environs. C’est un ancien athlète qui s’est trop blessé pour continuer le sport à haut niveau. Il s’organise pour travailler seulement 6 mois de l’année et voyager le reste du temps. Il avait visité le Laos avant d’atterrir en Mongolie. Il portait le costume du parfait baroudeur, sa peau était marquée par le soleil, son corps un peu cassé par ses aventures. Il se montrait toujours très intéressé par ce qu’il voyait, les gens qu’il rencontrait. Il mangeait tout ce qu’on lui proposait et finissait même les assiettes des autres. De toutes façons il était « plus » qu’on n’aurait pu l’être : plus aventurier, plus voyageur, plus expérimenté… enfin « plus » quoi ! Le coq de la basse-cour. Un personnage très intéressant, parfois agaçant, parfois ridicule, quelqu’un qui ne laisse pas indifférent, quelqu’un qu’on n’oublie pas. 

Sur tous les sites, le groupe finissait toujours par attendre Mick. Il passait plus de temps que les autres à regarder les paysages, à appréhender son nouvel environnement. Man VS Wild. Il aurait été vain de lui demander de se dépêcher. Steven qui le connaissait bien nous a plusieurs fois expliqué qu’il prendrait de toute façon le contre-pied de ce qui lui serait demandé. Il nourrissait un besoin constant de se démarquer et on n’y pouvait rien. Il fallait qu’il soit différent, mais en mieux, en meilleur, en plus fort. C’est parce qu’il avait fait bande à part à Yol Valley qu’il n’avait pas vu les animaux sur la crête. L’éclatement du groupe avait énervé Silvij. Onji, notre guide ne gérait pas son équipe. Ana et Michaël prenaient des photos. Steven cherchait les animaux. J’apprenais quelques mots de mongols. Le groupe dans toute sa splendeur, et ce n’était que le début…

Le 10 août le minivan nous a conduits au pied des falaises flamboyantes de Bayanzag, au sud du désert de Gobi. Après une courte ascension, nous avons pu profiter d’une superbe vue sur le désert au soleil couchant. Le groupe s’est délité, chacun explorant le plateau à son rythme. Ana et Silvij prenaient des clichés, tandis que Steven scrutait le sol à la recherche de quelques trouvailles géologiques. Mick, comme à son habitude, jouait les explorateurs solitaires, le regard tourné vers l’horizon, la tête haute, l’air pensif. Après une petite heure de déambulation au sommet des falaises, nous sommes descendus retrouver Oggi qui nous attendait. Steven nous talonnait. Ana et Silvij n’ont pas tardé à nous rejoindre. Bien évidemment, il a fallu attendre Mick, l’éternel retardataire, le temps pour notre chauffeur de nous faire découvrir une de ses recettes de santé particulière. 

Oggi chassait les scarabées dans le sable. Amusés, nous nous sommes mis à l’affût des petites bêtes noires. Plusieurs paires d’yeux valant mieux qu’une, nous avons trouvé rapidement l’objet de nos recherches. Nous désignions du doigt, tandis qu’Oggi se chargeait de ramasser. Les prises ont fini dans une bouteille en plastique contenant de l’alcool. Surpris d’avoir participés à cette quête macabre, nous l’avons interrogé sur cette curieuse pratique. Il nous a expliqué prendre une gorgée de cette décoction tous les matins en évoquant des vertus pour les maux d’estomac. Nous avons continué la chasse avec lui. Trois insectes de plus se débattaient dans le liquide. Il lui fallait laisser macérer dix bestioles, pas plus, pas moins, dans ce mélange pour obtenir les propriétés désirées. Oggi et les cafards : un surnom tout trouvé.

Le duo Oggi/Onji était assez drôle. Ils formaient une bonne équipe et étaient très complémentaires. Cela contribuait à créer une bonne ambiance au sein du groupe. Oggi était plutôt taquin avec Onji et parfois elle le lui rendait bien. Un jour elle l’a raillé en nous disant qu’il utilisait une crème de jour matifiante matin et soir. Elle a même sorti le tube de son sac en se moquant de lui. Oggi atteint dans sa virilité avait laissé courir. Mais c’était un juste retour des choses, avec toutes les piques quotidiennes qu’elle recevait. J’entends encore son rire communicatif résonner dans le minivan. Elle n’était pas toujours une bonne guide et ses explications nous semblaient souvent farfelues, mais d’une certaine façon elle a participé avec toutes ses maladresses, à nous rendre le séjour agréable.

desert mongolie
Khongor Expédition mongolie

Comme à son habitude avant d’arriver dans les villages ou les villes, Onji se remaquillait. Toujours les mêmes gestes. Coup d’œil rapide dans le miroir, fond de teint étalé à l’aide d’une petite éponge, soupçon de poudre et coup de pinceau pour uniformiser le tout, un peu de gloss sur ses lèvres pulpeuses. Après quoi, elle ajustait sa coiffure, parfois défaisait et refaisait son chignon, remettait sa raie bien de côté en insistant sur la courbure de sa frange. Toute une technique se déroulait sous nos yeux ; une technique aisément maîtrisée dans un véhicule tout terrain, sur une route cabossée, dans le désert de Gobi et ses tourbillons de poussière. Du haut de ses 21 ans, Onji était une jeune femme coquette, un brin naïve sur les bords, carrément attachante dans le fond. Khongor expédition n’était qu’un job d’été, un hobby comme elle aimait à le dire. Pourtant comme Oggi, elle bossait 7j/7, 18h/24 pendant la haute saison. Elle n’avait pas de formation particulière pour faire ce travail-là et son salaire n’était pas mirobolant. Ses connaissances étaient d’ailleurs un peu limite, et ses compétences largement bricolées. Elle faisait cependant preuve d’une bonne humeur constante et essayait, malgré les travers de l’organisation, d’être à notre écoute et à nos petits soins.

Onji n’avait pas de montre. Elle demandait souvent l’heure qui lui était donnée en anglais. Nous avons mis au moins trois jours à saisir qu’elle ne nous comprenait pas. En bonne asiatique, elle faisait en sorte de nous montrer sa maîtrise de la situation. Il lui aurait été trop pénible de dévoiler qu’elle ne savait pas : perdre la face ou la  difficulté d’admettre son échec. Alors que 13h30 pour nous, équivalait à un 11h00 ou 11h30 pour elle, nous avons plusieurs fois prolongé des activités tandis que nos ventres criaient famine. Difficile aussi d’évaluer les distances kilométriques et les temps approximatifs de route. Le plus souvent, nous roulions vers l’inconnu, respirant l’air chaud et sec du désert, les corps bringuebalés par le chaos de la piste, les yeux s’émerveillant des paysages lunaires que nous traversions. D’abord sujets de moqueries gentilles, ces quiproquos parfois cocasses n’ont pas toujours fait l’unanimité au sein du groupe.

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J’ai voyagé en Asie en vélo pendant 2 ans