kids playing mongolie

RÉCIT DE VOYAGE : COMME UNE ODEUR DE MOUTON – PARTIE 1

Notre arrivée à Oulan-Bator fut assez facile. Le chauffeur de notre guesthouse nous a cueillis directement à la gare. Un rapide tour en minibus nous a donné un aperçu de la capitale mongole, pas terrible. UB, pour les intimes, n’a rien d’une jolie ville, plutôt le contraire même : barres d’immeubles angulaires, routes défoncées, amas de yourtes et de tôles de fortune formant des bidonvilles. La population mongole compte à peine plus de 2 millions d’habitants dont la moitié vit à Oulan-Bator. La cité connait un essor important depuis quelques années. De nombreux mongols quittent la campagne pour travailler en ville qui grossit de manière plutôt anarchique.

Nous avons dormi dans le centre qui s’organise autour de « Peace avenue », de son state department store, un centre commercial à l’américaine, et de son écran géant qui diffuse toute la journée des publicités vantant les mérites du monde moderne sur fond de musique tonitruante. Traverser Peace avenue relève du défi, une sorte de duel entre le piéton et les véhicules, du plus gros au plus petit. Il n’y a pas de feu de signalisation, et les voitures, les bus et motos n’ont que faire de laisser passer les piétions. C’est chacun pour sa peau. Il faut donc s’imposer mais aussi savoir s’arrêter au bon moment, même au milieu de la chaussée à 4 voies. Le mieux est de suivre les locaux qui n’ont pas froid aux yeux, et le mieux du mieux c’est de repérer une maman avec un jeune enfant et de s’en servir comme d’un bouclier. C’est à la fois terrible et rassurant.

Nous nous sommes laissés quelques jours pour nous balader dans la ville, faire nos demandes de visas chinois et réserver un tour pour visiter la steppe mongole. La plupart des guesthouses de la ville ainsi que d’autres organismes privés proposent des tours tout compris pour sillonner le désert de Gobi ou faire du poney dans l’ouest du pays. Ce supermarché du tour organisé peut sembler assez agaçant et un peu déroutant notamment parce que les prix varient énormément d’une société à une autre pour des prestations souvent similaires. Si l’on a donc l’embarras du choix, il faut quand même être un peu vigilent et prendre quelques jours pour comparer les prix et le contenu des tours proposés. La taille du groupe influe sur le prix, certains frais comme l’essence, les services d’un chauffeur et d’un guide, pouvant être partagés. Il est donc possible de constituer un groupe sur place ou de se greffer à d’autres voyageurs pour limiter ses frais. Vous pouvez aussi choisir de louer les services d’un chauffeur privé, ce qui ne revient pas forcément plus cher au final mais qui est cependant beaucoup plus compliqué à organiser. Nous sommes partis avec Khongor Expédition car nous avons préféré la facilité et la sécurité qu’offre une grande enseigne malgré le côté usine à touristes. 

bergé enfant mongole cavalier mongolie
Yourte
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dans une yourte famille mongole

Et puis, nous sommes des touristes, rien ne sert de lutter contre cette idée ou de courir après toute forme d’exclusivité ou d’authenticité. Comme si c’était hautement plus gratifiant de se retrouver tout seul sur un site remarquable, d’être l’unique à détenir la carte d’un lieu paradisiaque ou encore d’être le premier à rencontrer un nomade du Gobi. Comme si les nomades eux-mêmes n’avaient pas déjà une idée du monde occidental. Comme si au fond, ils vivaient vraiment coupés de toute forme de progrès… C’est très intéressant de discuter avec d’autres touristes, de les écouter parler d’authenticité et d’exclusivité. Certains nous ont dit par exemple : « moi, je connais un endroit super préservé au fin fond du Yunnan. C’est magnifique, aucun touriste à des kilomètres, le contact avec les locaux est for-mi-da-ble… mais surtout ne le dites à personne, il vaut mieux que ça reste entre nous », et une autre d’ajouter : « si vous allez à la Grande Muraille, évitez Badaling, il y a trop de touristes, préférez plutôt Mutianyu ou Simatai ; c’est plus difficile d’accès mais tellement plus préservé ! » 

Ce qui est drôle, c’est que ces mêmes touristes, on les rencontre dans les guesthouses qui sont en fait des hôtels ghettos pour touristes occidentaux, proposant un menu avec cuisine occidentale, un planning d’activités et de veillées à thèmes digne d’une colonie de vacances et des tours organisés pour visiter les alentours. Paradoxe assez amusant, cette course à l’exclusivité qui pousse les êtres humains à vouloir planter des petits drapeaux façon 1er pas sur la lune et qui toutefois se retrouvent en masse sur les plages de Thaïlande. On pense tous faire un voyage exceptionnel, mais en fait on est des milliers à faire exactement la même chose. Il n’y a plus d’explorateurs comme au 19ème, et pourtant un voyage au long cours n’en reste pas moins une sacrée aventure. 

C’est juste qu’il n’existe pas de hiérarchie dans la manière de voyager, ni une meilleure façon qu’une autre : il y a des manières de voyager avec leurs avantages et leurs inconvénients. Nous, nous aimons bien nous retrouver de temps en temps dans la masse de touristes et parfois même au sein de tours organisés. C’est même plutôt plaisant et tellement plus facile, ce genre de colo pour adultes avec un planning clé en main, des gens pour vous nourrir, pour vous conduire, vous dire où dormir… Aujourd’hui c’est aussi ça le tourisme, et nous nous intéressons à ce phénomène. Nous aimons le décortiquer, le photographier et aussi le raconter. Alors pourquoi s’évertuer à refuser sa condition de touriste noyé dans la masse ?

Le 4 août dernier, nous avons rejoint un groupe composé d’un couple de slovènes, Ana et Silvij, de deux britanniques, Steven et Mick, de Onji notre guide et de Oggi notre chauffeur, pour faire un tour de 14 jours dans le sud et le centre du pays. Après de rapides présentations, nous sommes montés à bord d’un minivan russe, notre véhicule tout terrain pour la durée du séjour. Le premier jour a donné le ton des suivants : 8 heures de piste à être secoués, une soupe de raviolis aux moutons en guise de repas, des paysages désertiques, des troupeaux de chevaux, une nuit dans une yourte au milieu de nulle part. Nous ne nous connaissions pas encore et pourtant nous allions vivre une aventure qui assurément nous rapprocherait : 24h/24 avec de parfaits inconnus, à partager les mêmes expériences culinaires, à dormir sous la même yourte, à voir les mêmes paysages, à rencontrer les mêmes nomades du désert, à utiliser les mêmes latrines. Traverser la Mongolie, c’était aussi faire la connaissance du groupe.

Oggi, 27 ans, employé comme chauffeur par Khongor Expédition, marié depuis un an à une guide d’une autre compagnie. En haute saison, il travaille quasiment 7j/7 et environ 18h/24. Lorsqu’il ne conduit pas, il répare le minivan, démonte le boîtier de vitesse ou nettoie la carrosserie. Ce n’est pas seulement une obligation pour lui car à le regarder on mesure combien il y prend du plaisir. Un gosse avec ses majorettes, Oggi avec son minivan. Il voit rarement sa femme mais passe énormément de temps au téléphone avec elle. Le sud de la Mongolie est un désert certes, mais il y a des antennes relais partout. Au milieu de nulle part, ils arrivent toujours à se joindre. De temps en temps, leurs itinéraires se croisent. 

Desert mongolie

Ce jour-là, nous étions dans le Gobi face aux dunes de sable, prêts à partir pour une balade à dos de chameau ; pantalons et chaussures fermées de rigueur. Il était presque 19 heures. Michaël avait laissé ses godasses dans le véhicule. Le minivan avait disparu. Oggi était parti rejoindre sa femme à quelques kilomètres du camp. Il n’était pas joignable. Nous nous sommes impatientés. Il est quand même revenu à temps, l’air de rien. C’est comme ça que nous avons appris à ses dépends un bout de son histoire de vie, son mariage récent, le boulot de sa femme, leurs entrevues furtives. 

Nous sommes finalement montés sur les chameaux, plutôt placides comme bestioles. Leurs bosses sont particulièrement douces. Et l’activité fut vraiment plaisante, le hightlight de nos deux jours à contempler les dunes, de quoi contrebalancer les douze dernières heures passées à ne rien faire, coincés que nous étions dans une yourte transformée en four solaire, attendant patiemment que la lumière décline. L’air était si sec. Pas un seul point d’eau à des kilomètres, et pourtant, chose surprenante, j’ai aperçu une machine à laver à l’intérieur de la yourte des propriétaires du camp. Moi qui imaginais une Mongolie authentique avec des nomades proches de la nature, des gens vivant simplement, utilisant de manière raisonnée et raisonnable les ressources de leur territoire… 

Bon j’en rajoute un peu. Non pas que j’ignorais totalement ce que pouvait être la réalité, c’est juste que j’aurais voulu un peu croire à cette description édulcorée. En fait le nomadisme est conciliable avec le confort. Nombreux sont les nomades à avoir équipé leur yourte d’une télévision, d’un panneau solaire, parfois d’une machine à laver. Ils ont des voitures ou des motos, boivent de la vodka et du red-bull, mangent des produits de l’industrie agro-alimentaire et ne sont pas tous habillés en costume traditionnel. Ils vivent de l’élevage, ne font quasiment rien pousser sur leurs terres, brûlent leurs déchets derrière leur camp ou les abandonnent un peu n’importe où. 

Histoire de voyage – Texte de Blandine Host et photo de Michael Garrigues – 2011

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J’ai voyagé en Asie en vélo pendant 2 ans